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Actualités (2017), Journée de la femme?, La psychanalyse à l’épreuve du genre.

Une actualité ? …

le 8 mars, « Journée des droits de la Femme » n’est pas vraiment une actualité, puisque pour nous, psychanalystes, elle est de l’ordre du perpétuel, à entendre comme « le père peut tuer elle ». Comme cette journée est une insuffisance, j’affiche cela, ici et là; comme un bémol à ce symbole historique, hystérique.

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S’agissant des causes des violences faites aux femmes, en Psychanalyse, on pourrait parler d’angoisse de castration chez l’homme qui, par sa conduite, manifeste de sa peur de se retrouver coupé. De quoi ? De son pouvoir phallique bien entendu. En tout cas, de ce qu’il croit être ou avoir. Ou encore, de la peur de l’abandon, au sein d’un complexe d’Oedipe souffrant? De l’insatisfaction du fantasme ? Celui de la procréation ? De la dimension cannibalique de l’amour ? Ou encore et… de plus en plus à mon sens, du fait d’un imago maternel archaïque transporté par certaines religions et par la prégnance des nouveaux symboles de « l’amour » avec l’avènement du porno… les nouvelles perversions.

Observant la répétition, j’ai décidé de rendre, sur mon modeste site, la journée internationale pour les droits de la femme, placée dans notre calendrier français le 8 mars, dirais-je, quotidienne, annuelle, intemporelle, à entendre « un temps pour elles ».

Comme l’esclavage (Cf. Actualités précédentes sur l’Esclavage) sous toutes ces formes, la condition des femmes dans le monde est plus que jamais une actualité. Je dirais que c’est une contemporanéité car ici on peut en parler. Elle existe, elle est réelle.

 

Voici un bref rappel philologique de cette affaire:

Le 8, l’infini (8, en position allongée) et Mars, dieu de la guerre, forment une date choisie inconsciemment en rapport avec la durée prospective du combat engagé… c’est pour dire ! Elle voit ses origines dans les luttes ouvrières du début du XXe siècle. C’est à cette période que les femmes commencent à manifester pour obtenir le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité sociale entre les hommes et les femmes.

Le 17 août 1907 se tient la première conférence socialiste des femmes à Stuttgart en Allemagne qui par Clara Zetkin se veut d’adopter une résolution sur le droit de vote des femmes. Consécutivement, en 1908, les femmes américaines du Social Labour Party organisent leur première journée « internationale » de la Femme .

En Europe, le 19 mars 1911, une manifestation, colossale pour l’époque, plus d’un million de personnes, déroule les revendications des droits des femmes.

Puis, tous les 8 mars, les femmes des pays développés et particulièrement en Europe, de Oslo, à Copenhague, Berlin etc… en passant par Washington (excepté en Italie, Espagne et en France…) manifestent encore et cela de façon de plus en plus visible.

La tournure politique de ce désir « d’émancipation » féminin éclate grâce à Lénine qui décrète officiellement « la journée internationale de la femme », le 8 mars 1921, en hommage à la manifestation des femmes qui déclencha la révolution de février.

26 ans après…, en 1947, Léon Blum, salue la place importante des femmes dans la résistance.

30 ans après, en 1977, Les Nations Unies reconnaitront officiellement cette journée.

34 années auparavant, fin 1943, et donc bien avant la re-con-naissance symbolique et politique, d’une seule journée, par les N.U… en France, et cela, donc de façon enfin réelle, Renée Pagès (Décédée en 2005) est la première femme qui siège officiellement à un conseil municipal à Ajaccio, en Corse libérée de l’occupation nazie. Tout un symbole, car c’est par ce faisceau que les choses commenceront à bouger vraiment, par le langage, les voix et les écrits techniques. La voix de la France par ces actes matérialisés « raisonne » dans le monde entier.

Quelques mois après, les femmes de France, connaitront l’ordonnance du 21 avril 1944 pour se voir reconnaître leurs droits politiques. Les françaises votent le 29 avril 1945 pour la première fois aux élections municipales et le 21 octobre de la même année au scrutin national. Forme de concrétude sociale mais beaucoup de chemin reste à parcourir…

Notamment concernant le droit à disposer de leur corps, puisque cela fait 40 ans seulement en 2015 que la loi Veil existe. Elle autorisa enfin les femmes à avorter dans des conditions sures et légales.

Au delà des avancées de notre nombril natal, la république française, je me dois de rappeler que rien que pour l’IVG, 60 % de la population mondiale vit encore dans un pays où elle est interdite, si bien qu’une femme décède toutes les 10 minutes suite à un avortement clandestin, soit 47000 par an…

Et le combat est loin d’être terminé. Il est même menacé par l’obscurantisme religieux exacerbé par les conflits politiques de ces 25 dernières années. Les violences faites aux femmes sont excessivement nombreuses et proches de nous.

Cela dit, nous ferions bien de nous le regarder ce nombril… avant de commenter ce qui se passe dans le monde… Car en France, si l’on sait qu’une femme meurt tout les deux jours et demi à la suite de violences conjugales, les résultats des enquêtes réalisées démontrent que l’ensemble des faits de violences (physiques, sexuelles, psychologiques) reste en plus sous-déclaré…donc sous-évalué et sont très nombreux, trop nombreux. Notamment concernant les violences physiques, verbales et les viols. En tant que psychanalyste, je le confirme, il y a une véritable omerta.

Qu’il s’agisse de violences au sein du couple, de mutilations sexuelles (excisions, sutures etc…), de mariages forcés, de violences au travail, de viols ou tentatives et agressions sexuelles ou bien encore de prostitution, les données existantes sur les faits déclarés et les enquêtes de victimisation réalisées depuis plus de 10 ans révèlent que ces violences , se caractérisent par leur ampleur et leur gravité. Les chiffres sont terrifiants (75000 viols par an, 205 par jour) sans compter les autres violences et toutes les conséquences inhérentes, suicides, troubles psychologiques sévères, handicaps etc…

Remarque : La libre circulation des personnes dans l’espace Schengen, a considérablement augmenté le trafic d’Êtres humains (80 à 90 % sont des femmes) qu’ils soient esclaves ou prostitués.

 

A un tout autre niveau, au travail, les inégalités au sein des entreprises sont encore très grandes malgré des améliorations. En 2014, une femme gagnait 19,4 % de moins qu’un homme. En 2007, ce taux s ‘élevait à 27%. Ce progrès est déjà une avancée qui mérite d’être relevée et ratifiée. Mais là encore, il y a du travail.

Pour les chiffres officiels, je vous renvoie ci-dessous à ceux du gouvernement français sachant qu’ils sont encore, je le répète, très largement sous-évalués… ( Par exemple, 10% seulement des femmes violées osent porter plainte.) . Il faut saluer le travail des associations, notamment dans les zones dangereuses pour les jeunes femmes que sont certaines cités ou encore des organisations syndicales pour ce qui est du monde scolaire ou professionnel. Leurs chiffres, hors statistiques officielles, nous interpellent et nous alarment sur la situation grave des femmes en France.

http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/violences-de-genre/reperes-statistiques-79/

 

Un pays moderne issu des lumières ? gangréné par ?

L’émergence, l’apparition dans notre pays dit moderne, de pratiques religieuses barbares issues de certaines immigrations, la haine de la femme libre, l’alcool et les autres drogues (Affaire Bertrand Canta), la bêtise et l’ignorance, les nouvelles perversions (pornographie, internet) ou encore le déni et l’impuissance des pouvoirs politiques en sont les causes principales.

Je rappellerai la honteuse tentative démagogique du président Sarkozy qui avait fait rentrer au gouvernement, Fadela Amara, présidente de l’association « Ni putes, ni soumises » avant de la débarquer quelques temps après, ayant eu la retombée médiatique recherchée.

Mais qu’en est-il du gouvernement actuel ? et plus simplement de tout ceux de la V éme république… ? Pourquoi une telle ignorance des réalités ? Impuissance ? Résistance ? Ou encore négligence inconsciente due à un complexe de castration ?

La situation est tellement grave, c’est pour dire ! que l’UFR de Psychanalyse de Paris-Diderot propose depuis 2015  un D.U, Diplôme Universitaire de sciences humaines cliniques des violences faites aux femmes. Heureusement que cela existe mais… que de temps perdu, de souffrances oubliées. En tout cas, mes félicitations à cette initiative du pôle égalité homme-femme. Merci.

Au moins, l’on est dans du pratique.

Dans cette actualité, au delà de toute critique politique, je voudrais aussi mettre en avant un ouvrage à paraître, l’expression du symptôme :

« Maudites », aux éditions Albin Michel, par Jeannette Bougrab, sortie le 13 mai

 

Maintenant, voici le lien que je propose de suivre afin de mieux appréhender la complexité de la chose via l’angle de la Psychanalyse :

Ayouch Thamy, Salomão de la Plata Cury Tardivo Leila, « Violences conjugales, violences théoriques. La psychanalyse à l’épreuve du genre », Cliniques méditerranéennes

 

http://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2013-2-page-19.htm

 

Pour ma part, j’affirme que la psychanalyse permet, bien entendue, de sortir de cet enfer que l’on soit victime ou bourreau, malgré soi…

 

 

 

Jan-Edouard Brunie