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Histoire de la psychanalyse

Beaucoup de textes sont consacrés à l’histoire de la psychanalyse notamment des livres entiers comme Elisabeth Roudinesco sait si bien en écrire. Mais ce qui me parait à propos, et de relever, c’est que dès l’origine de l’histoire du mouvement analytique, celui-ci fut émaillé de scissions passionnelles farouches sur des questions théoriques. Il faut dire que les résistances et la confusion des inconscients sont prégnantes.

Voici, à mon sens les grands faiseurs dudit sujet, ceux qui sont incontournables, que je conseille tout simplement d’étudier. Ceux-ci sont relativement bien connus du « grand public » et vous trouverez facilement des informations (Certains tiroirs sont donc ici non renseignés, vous y trouverez juste une photo ), notamment sur le web, sur, ce qu’ils furent, ce qu’ils ont laissé. L’histoire de ma pratique, avant tout la psychanalyse s’est écrite avec ces hommes et ces femmes. Une première exception est « faite-par » Milton Erickson qui n’appartient pas à proprement parler à la psychanalyse mais « tout deux m’aiment »…Ça passe. Et une seconde par Guy Massat, contemporain, qui est bien vivant et qui l’écrit encore ; notre vieille psychanalyse n’a que 100 ans…
J.Lacan et M.Erickson sont de ceux qui m’ont le plus marqué.
Au début de cette liste, j’ai introduit un de mes textes sur l’Oedipe, non pas directement comme « faiseur » mais comme objet d’intérêt primordial. J’en propose une sorte de rappel, de définition, ce complexe étant au centre de la psyché, ma précision.
Vous trouverez aussi un insert sur l’Hypnose et Milton Erickson, un autre introductif sur Guy Massat.

L'oedipe

La conceptualisation du complexe d’Oedipe a été théorisée par Sigmund Freud qui découvre cette notion pulsionnelle à travers son auto-analyse (Lettre à Fliess en 1897). Il dit, notamment, qu’il a découvert des sentiments d’amour envers sa mère et de jalousie envers son père et que ce complexe psychique est universel. oedipe et la sphinge
Il définit ce complexe d’Oedipe comme un désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé et celui d’éliminer le parent rival du même sexe. Il découvre ainsi que le désir est universel et inconscient chez tout enfant.
Dès la naissance, l’enfant se tourne vers ceux qui prennent soin de lui ses parents (Ils peuvent être adoptifs), qu’il considère comme des objets de désir. L’origine de l’Oedipe est liée à l’évolution sexuelle de l’enfant avec l’apparition du désir libidinal entre 3 et 5 ans et son déclin aux environs de la préadolescence quand l’enfant affronte son désir et se dirige vers d’autres objets pouvant le soulager de ce complexe.
En bref, ce que l’on appelle Oedipe est un processus incontournable qui manifeste de l’ensemble des investissements « amoureux et hostiles » que l’enfant place sur ses parents pendant la phase phallique. Il s’agit, et l’on en parle souvent en ce terme qui me convient parfaitement, d’un véritable procès qui doit aboutir à la disparition de ces investissements et à leur remplacement par des identifications (explications ci-dessous).

Cette appellation provient du drame de Sophocle, « Oedipe-Roi » qui est une tragédie grecque datant d’environ -400 ans avant J-C et qui retrace les grandes étapes du complexe psychique universel (à retrouver, traduit, dans Œdipe en habits neufs par G. Massat) : oedipe poterie
=> Oedipe est le fils de Laïos et de Jocaste, souverains de la ville de Thèbes. Un oracle prédit à Laïos qu’il sera plus tard tué par son propre fils qui décide d’abandonner Oedipe dans la montagne. Un berger trouve l’enfant et le confie au roi de Corinthe, Polybos, qui l’élève comme son propre fils, sans toutefois lui révéler le secret de ses origines. C’est lui qui le nomme Oedipe. (Oedipous car il a aux pieds, deux gros orteils, 2 hallux particulièrement développés ou encore selon certaines versions, cela serait du au fait qu’il aurait été suspendu à un arbre, par les pieds). Un nouvel oracle prédit ensuite à Oedipe qu’il sera le meurtrier de son père. Ignorant que Polybos n’est pas son père biologique, il quitte Corinthe pour que la prédiction ne puisse se réaliser. Pendant son voyage, il rencontre Laïos et ses serviteurs et tue alors son vrai père, qu’il prend pour le chef d’une bande de voleurs de grands chemins. Lorsqu’il arrive à Thèbes, il ne peut entrer dans la ville car un monstre, le Sphinx, en empêche l’accès, tuant et dévorant tous les voyageurs incapables de résoudre l’énigme qu’il leur propose. Oedipe, rusé, (adaptatif je dirais) parvient à trouver la solution et défait le monstre. oedipe sphinge dans les bois tableauOedipe devient dès lors un héros adulé par les habitants de la ville, qui finissent par le proclamer roi et lui donnent comme femme la veuve de Laïos, Jocaste, sa propre mère.

Freud voit donc dans ce mythe l’illustration idéale des désirs extrêmes infantiles : « Nous donnons le nom de « complexe d’Oedipe » parce que la légende qui a pour héros Oedipe réalise les deux désirs extrêmes découlant de la situation du fils : le désir de tuer le père et celui d’épouser la mère.

Freud élabore ce complexe en étudiant la sexualité, les perversions et les névroses des adultes qui remontent à l’enfance. Il rendra publique sa théorie pulsionnelle du complexe d’Oedipe en 1900, théorie qui sera le thème, le pivot central du concept freudien et de la psychanalyse. Mais ce n’est qu’en 1910, dans un texte intitulé « Contribution à la psychologie de la vie amoureuse » qu’apparaît le terme « complexe d’Oedipe » transformation de « complexe nucléaire » utilisé jusqu’ici par Freud.

Produit par la phase phallique, le complexe d’Oedipe est « dissous » par le complexe de castration et s’il est non surmonté, il continue d’exercer (depuis l’inconscient bien sûr) une action marquante, forte et durable et à constituer, avec ses manifestations, le cœur de chaque névrose.

En 1901, Freud élabore une nouvelle théorie intimement liée au complexe d’Oedipe qu’il appellera le complexe de castration.

En 1905, il publie sa théorie sur la sexualité où il définit la libido comme énergie sexuelle et insiste sur les vicissitudes du choix de l’objet d’amour dont la source est le complexe d’Oedipe. Il pose que la réalité de la sexualité infantile est induite par la mère et que, de cette sexualité archaïque dépend le complexe d’Oedipe.

Dès 1910, Freud utilise ce terme pour décrire ce qui est pour lui le principal complexe psychique humain, celui qui est constitué dans les premiers temps de vie, en fonction de ses parents : le « complexe nucléaire ». Il développe sa pensée dans l’essai « Un type particulier de choix d’objet chez l’homme » où il explique que les objets d’amour sont autant de substituts de la mère.
Dès 1912, « l’Oedipe » est entré totalement dans la pensée clinique de Freud et celui-ci s’attache à en étudier l’universalité, dans l’ouvrage Totem et Tabou. Freud y avance la thèse suivante : celle de la « vocation civilisatrice du complexe », résumée par Roger Perron : « en des temps très anciens, les humains étaient organisés en une horde primitive dominée par un grand mâle despotique qui monopolisait les femmes et en écartait les fils, fût-ce au prix de la castration ». Le complexe serait donc transmis de génération en génération et avec lui le sentiment de culpabilité associé.
En 1918, le cas clinique dit de « l’homme aux loups » offre une illustration majeure du complexe masculin. Freud classe alors le complexe au sein des « schémas phylogénétiques » qui ont pour rôle de structurer la psyché inconsciente et ce depuis l’aube de l’humanité.
Freud explique que le transfert présente les restes de la résolution, plus ou moins accomplie, du complexe. Celle-ci laisse en effet des « cicatrices narcissiques ». Face à cette souffrance, la psyché pousse le Moi à résoudre en totalité le complexe. Ce faisant, le Moi est envahi de compulsions. Dans Psychologie des foules et analyse du moi (1921), Freud aborde « l’avant Oedipe », caractérisé par une neutralisation des affects et permis par l’ambivalence. L’enfant fixe ainsi ses affects négatifs et positifs sur des objets extérieurs au lieu d’investir ses parents.

Enfin, en 1923, dans Le Moi et le Ça, Freud métapsychologise la notion de complexe d’Oedipe. Il en fait un prérequis structurant de l’instance morale, le surmoi.
En effet, lors de la maturité du complexe, plusieurs scénarios sont possibles : Affects féminins pour le père chez le garçon ou désir féminin pour la mère chez la fille, et vice-versa. Toutes les variations sont dues selon Freud à la « bisexualité constitutionnelle de l’individu ». L’enfant est en effet inconsciemment bisexuel, son orientation sexuelle se précisant par la suite. Ces variations complexes entraînent donc une attitude positive du garçon pour son père (le complexe inversé), ou une attitude négative (le complexe normal), le tout formant, virtuellement le « complexe d’Oedipe complet ».
Ces identifications variées expliqueront la diversité des étiologies et des personnalités. Elles constituent, se faisant, fondamentalement un « idéal du moi » qui détermine la forme du Surmoi.
Toujours en 1923, l’essai « Le problème économique du masochisme », pose que le Surmoi, instance psychique proclamant les interdits, est né de l’introjection des premiers objets libidinaux du Ça dans le Moi. La relation en est de fait désexualisée mais le Surmoi conserve les caractères parentaux. Freud propose là une thèse selon laquelle, la source de la morale est le Surmoi et, donc, l’Oedipe. La même année, dans l’essai « L’Organisation génitale infantile » Freud tente d’expliciter les zones d’ombre de l’Oedipe féminin. Il stipule que seul le pénis a une réalité psychique, y compris chez la fille. Celle-ci envierait donc l’acquisition du phallus, même si Freud admet être impuissant à poursuivre l’analyse de la sexualité féminine. En fait, il oublie tout simplement le clitoris, organe sexuel phallique, atrophié ?, Non, caché, camouflé… (Remarque: anatomiquement il fait en moyenne 12 cm).
En 1924, un autre essai fait une place majeure au complexe : « La disparition du complexe d’Œdipe ». Freud y décrit la façon dont le complexe disparaît avec le temps, comme la chute des dents de lait précise-t-il. En 1925, dans « Quelques conséquences psychologiques de la différence anatomique entre les sexes », Freud aborde la « Préhistoire du complexe d’« Œdipe » ». Les prémisses du complexe se jouent en effet dans les premiers temps de la découverte des zones « érogènes », zones qui développeront le cortex sensitivo-moteur neuro-végétatif (inconscient) de chaque individu grandissant (voir Mon Borroméen avec les 5 objets « petit a » primaires : Le regard, le sein, les fécès, la voix et le Rien).
En 1929, avec l’ouvrage « Malaise dans la civilisation », Freud délivre l’interprétation psychanalytique des structures inconscientes sous-tendant l’humanité et ses fantasmes. Il décrypte les symboles sexuels universels trouvés dans les rêves. Selon Ellenberger, « Freud allait bientôt déduire du caractère universel du complexe d’Oedipe l’idée du meurtre du Père primitif par ses fils ». Dès lors, Freud complète son modèle théorique en précisant la figure du père primitif. Le garçon nourrit envers lui des désirs de mort car il a peur d’être châtié et castré par celui-ci.
La castration prend ainsi place dans la théorie générale du complexe, comme peur infantile de se voir déposséder de la puissance sexuelle par la figure paternelle. Ce complexe de castration survient donc au sortir de l’Oedipe, comme renoncement à l’objet maternel, qui est le premier objet de l’enfant et comme marquant le début de la période de latence et de la formation du Surmoi chez le garçon.
Des auteurs postérieurs à Sigmund Freud, comme Melanie Klein ou Donald Winnicott par exemple, ont cependant compris le Surmoi comme instance bien plus précoce…
Le cas de la petite fille est cependant différent à ce stade : elle interprète en effet la castration comme ayant eu lieu, n’étant pas en possession d’un pénis, et se doit donc de la réparer. Ce moment, l’envie du pénis, marque alors l’entrée dans l’Oedipe à rebours du cas masculin.
Le meurtre du père primitif est ainsi le fantasme universel de l’humanité de tuer la figure paternelle castratrice, seule étape permettant un développement psychique normal par la suite.
Enfin, en dépit de l’importance du concept en psychanalyse, jamais Freud ne lui a pour autant consacré aucun ouvrage spécifique, même s’il revient sur cette découverte dans son dernier ouvrage, « L’Abrégé de psychanalyse », en écrivant :« Je m’autorise à penser que si la psychanalyse n’avait à son actif que la seule découverte du complexe d’Oedipe refoulé, cela suffirait à la faire ranger parmi les précieuses acquisitions nouvelles du genre humain ».

Je ne peux éluder la question des divergences dans la théorie œdipienne car dès sa formalisation, Freud savait que ce modèle était difficile à transposer complètement pour le développement des petites filles. Il a essayé de pallier cette difficulté en aménageant le concept de l’Oedipe pour la fille, que le psychiatre et psychanalyste Carl Gustav Jung appelle par la suite le « complexe d’Électre ». Il la définit comme la tendance compulsive amenant la fille à se tourner vers le père ou une autre image paternelle de substitution et qui est la conséquence du complexe de castration pré pubertaire féminin. Si Freud admet l’existence d’un « complexe d’Oedipe au féminin », il ne lui reconnaît pas une équivalence stricte avec celui dédié au petit garçon. Ce « monisme phallique » postulé par Freud a soulevé de vives protestations, du vivant même du fondateur de la psychanalyse, et, en particulier, de la part de femmes psychanalystes, telles que Ruth Mack Brunswick ou encore Mélanie Klein.
Cette extension au sexe féminin n’a cependant jamais été totalement satisfaisante et aujourd’hui rares sont les analystes qui utilisent ce terme. Freud remarque, dès le début, en 1916 : « On ne saurait dire que le monde fût reconnaissant à la recherche psychanalytique pour sa découverte du complexe d’Oedipe. Cette découverte avait, au contraire, provoqué la résistance la plus acharnée » et ce même au sein de la théorie psychanalytique. La psychanalyste Mélanie Klein par exemple, afin d’équilibrer le concept, a insisté sur le fait que le garçon « envie » le pouvoir des femmes de donner la vie autant que la fille pourrait « envier » le phallus…

Maintenant, et pour ma part, la signification de l’Œdipe ne peut être réduite au conflit imaginaire qui, une fois passé, aboutirait à une position hétérosexuelle et à la formation du surmoi. La représentation triangulaire souvent proposée me paraît un peu figée. Elle oublie que l’inconscient est en mouvement et que la fonction de l’Oedipe est un procés. Procés dont l’issue est inconnue. Je rejoins volontiers Lacan qui n’utilise pas cette triangulation et parle de « Nom-du-Père », soit la fonction symbolique paternelle en tant que principe efficace de l’Oedipe. Il montre et démontrera que du fait que l’inconscient est structuré comme un langage, le désir de la mère est littéralement rejeté dans les dessous par le Nom-du-Père, process dont la résultante est un Signifié, qui est le Phallus (Cf. mathèmes Ecrits / J. Lacan) et cela pour les 2 sexes. La nature et la fonction du père sont comprises alors sous l’angle symbolique, de la castration symbolique.

oedipe et sa mére honte
Lacan relève (et révèle) que c’est du fait de l’influence du monothéisme que le Nom-du-Père a cette fonction et que cela n’a rien d’obligatoire ni d’universel. L’Oedipe est actif dans l’inconscient de l’individu occidental, mais dans d’autres civilisations, par exemple africaines, l’on rencontre d’autres structures symboliques où la castration opère…
Lacan affirme que le mythe oedipien « n’en finit pas avec la théologie » et que celui-ci attribue au Père l’exigence de la castration, avec la conséquence manifeste qu’elle acquiert la signifiance d’un don à l’autre (je te demande de refuser ce que je t’offre) alors qu’elle n’est que la résultante de la soumission de l’être humain au Signifiant…. On le comprend bien en anglais : « our-deep is our love », Oedipe est votre amour, votre profondeur est votre amour. Votre profondeur est le lieu où l’objet de vos pulsions ,  » a » , meurt.
Enfin, je finirai ce long chapitre, car incontournable, sur l’ Oedipe en vous proposant de retrouver dans l’onglet Guy Massat un texte totalement inédit et révolutionnaire, de par son fond, sa forme et sa présentation, pour nous psychanalystes modernes : « Oedipe en habits neuf par G. Massat ».

J-E B

Sigmund Freud

images

Jacques Lacan

lacan

Guy Massat

Éminent psychanalyste, celui qui a lu, dépassé, J.Lacan. Passé, à l’effet Freudien boulevard Magenta Paris, présent, au Cercle Psychanalytique de Paris, futur, à lire, écouter et étudier. L’on ne sait presque rien de lui. Pas même son age. Peut-être ceux qui le côtoient en connaisse quelques choses… Pour ma part, rien, sauf qu’il est très étudié, écouté, lu, suivi et que ça parle… Vous trouverez sur ce site, « l’enseignement de Guy Massat », certains de ses textes dont j’ai fait une sélection. Ils sont difficilement trouvables sur le web car tous issus de différents séminaires, conférences et cartels psychanalytiques parisiens, alors ça passe par cette porte; Après…, c’est le troisième niveau, réservé plutôt aux avertis. Bonne lecture.
Guy Massat 1

Donald Winnicott

winnicott

Carl Gustav Jung

carl jung

Françoise Dolto

f dolto

Mélanie Klein

melanie klein

Milton Erickson, l'Hypnose

m erickson
Beaucoup connaissent Freud ou Dolto et peuvent se renseigner facilement sur ce qu’ils furent, sur ce qu’ils ont fait, mais comme peu connaissent l’Hypnose et M.Erickson , j’ai trouvé intéressant de placer ici ce texte de Michaux, simple, court et concis.

Milton H. Erickson (1901-1980) : un personnage phare de l’hypnose
par Didier Michaux (2011) © Institut Français d’Hypnose

Psychiatre américain, Erickson utilise très tôt l’autohypnose comme un outil dans sa propre lutte contre une paralysie motrice et sensorielle de tout le corps apparue dans le cadre d’une poliomyélite. Avec l’autohypnose, il sortira de cette paralysie ce qui l’amènera à une grande conviction à propos des effets thérapeutiques de la suggestion et de l’hypnose. Milton Erickson va permettre un renouvellement complet de la pratique hypnothérapeutique.

La pratique de l’hypnose avant Milton H. Erickson : l’hypnose directive

Jusqu’aux travaux de Milton Erickson, la pratique hypnotique était fondée sur des suggestions dans lesquelles l’hypnothérapeute proposait directement au patient la solution d’un problème. À un enfant énurétique, l’hypnotiseur pouvait suggérer un changement, de façon directe, par une phrase du type : « pendant votre sommeil vous pourrez mieux sentir les réactions de votre corps et particulièrement de votre vessie. Lorsque celle-ci sera pleine elle vous réveillera et vous pourrez sans difficulté vous lever et aller aux toilettes pour la libérer de cette tension ».
Ainsi, le thérapeute intervenait très activement et il semblait nécessaire que ses suggestions s’appuient sur une relation de relative autorité. Les suggestions post-hypnotiques, c’est-à-dire suggérant un changement de réaction en dehors de la séance, s’inscrivaient dans cette perspective : « À votre réveil, vous vous sentirez capable de … ». Même si parfois ces pratiques s’avèrent efficaces pour certains patients et pour certains symptômes, elles ne se prêtent pas bien à de nombreuses autres situations où la solution doit venir d’une dynamique permettant au sujet d’accéder à certains aspects de ses difficultés et aussi à ses ressources.

Un tournant dans la pratique de l’hypnothérapie : Erickson et l’hypnose ericksonienne

L’hypnose ericksonienne : Un patient acteur de sa guérison

milton ericksonAvec Erickson, l’hypnothérapeute ne se sent plus dans la nécessité de fournir une solution à son patient. C’est au patient de mettre à profit l’état hypnotique pour accéder à ses ressources intérieures, trop souvent inexploitées. L’idée est que chacun d’entre nous n’utilise qu’une petite partie de ses capacités soit par le hasard de la constellation créée par ses divers choix antérieurs, soit en raison d’un rejet lié à différents problèmes : timidité, peur du conflit etc. Par exemple quelqu’un aura pu mettre de côté une aptitude artistique pouvant lui assurer un mode de vie lui convenant affectivement et choisir une capacité plus raisonnable mais perçue comme «ennuyeuse ». Plus généralement, ce concept de « ressources » correspond à la conception d’un individu doté d’une grande capacité d’adaptation et de changement : modification de la perception de sa douleur, pouvoir d’action sur son état dépressif…

L’hypnose ericksonienne : Les techniques de suggestions indirectes

Par ailleurs, en vue de faciliter le passage à l’hypnose de personnes désireuses d’atteindre cet état tout en étant très résistantes, Milton Erickson va développer une série d’approches facilitant le « lâcher prise ». Il s’agit de la mise en place de formulations diminuant la pression (permissivité des énoncés), et facilitant l’attitude positive du sujet (truisme, yes set, etc…) ou encore désarmant ses résistances (négation, surprise, confusion, etc…). Ces différentes façons de procéder souvent taxées de « suggestions indirectes » permettent l’entrée en hypnose de la plupart des sujets. Mais, plus intéressant encore, elles permettent de modifier considérablement la place tenue par l’hypnothérapeute. Ce dernier peut ainsi donner une place active au sujet. Et même si, dans certains cas, des suggestions externes peuvent être la seule solution possible à un moment donné ou pour une situation donnée, comme on peut le constater très fréquemment chez Erickson, l’hypnose n’atteint vraiment complètement son objectif que lorsqu’elle sert à la mise en place d’un changement qui vient du patient lui-même, changement rendu possible par la transe, la relation au thérapeute et l’accès par le sujet à ses propres ressources.

Pour donner une idée de la pratique de l’hypnose ericksonienne, on peut, par exemple, évoquer le travail qu’il met en place avec une de ses patientes. Au lieu de lui proposer une induction centrée directement sur la détente et la concentration, il lui parle de son enfance et particulièrement de cette époque où en classe elle devait apprendre à lire. Cela donne sensiblement cela : « Pouvez-vous vous rappeler ce tableau noir au milieu du mur dans votre classe ? Et vous vous demandiez comment distinguer les lettres du fond et cela vous paraissait bien difficile de différencier le i et le j, et plus encore le « o » et le « q »… tout cela vous paraissait bien difficile … et pourtant vous avez su apprendre, apprendre à vous servir de ces lettres puis des mots, et vous avez ainsi d’année en année rencontré différentes choses difficiles que vous avez su apprendre et ainsi vous avez progressé, et vous pouvez laisser votre esprit aller là où il aimerait aller aujourd’hui ».milton erickson 2 n&b

On peut analyser la technique employée de la façon suivante : au lieu de situer l’attention du sujet dans le contexte de la séance elle est directement engagée dans un imaginaire du passé, un imaginaire comportant une forte charge émotionnelle. Dans ce passé, elle avait su apprendre. L’induction sous-entend qu’elle a toujours en elle cette ressource d’adaptation et de progrès qui va lui permettre d’apprendre tant l’hypnose que de nouveaux comportements nécessaires à sa thérapie. L’engagement dans l’imaginaire qui permet ce passage est un engagement à aller à la rencontre des diverses ressources qui pourront l’aider en ce sens.

(Didier Michaux (2011) © Institut Français d’Hypnose)